Graisses alimentaires et cancer

Des études comparatives internationales du même type que celles qui ont donné lieu à l’hypothèse d’un lien entre le gras alimentaire et la maladie coronarienne font croire dur comme fer à certains qu’il y a un rapport entre le gras alimentaire et le cancer. Les pays où la consommation moyenne de gras est la plus faible (surtout des pays en voie de développement ou moins riches que la moyenne) présentent généralement des taux de cancers du sein, du côlon ou de la prostate plus faibles que les autres.

Mais des découvertes faisant de façon plus évidente le lien entre l’alimentation et l’apparition du cancer ont mené à la remise en question du lien entre le gras et le cancer. Au cours des années 1960 et 1970, des études internationales ont fait soupçonner un lien entre gras alimentaire et cancer du sein. Mais n’oubliez pas que beaucoup d’autres différences liées au style de vie distinguant les femmes des cultures traditionnelles des femmes occidentales peuvent expliquer l’écart entre les taux, notamment l’âge des premières menstruations, le degré d’activité physique, le tabagisme et d’autres facteurs nutritionnels, telle la consommation de fruits et de légumes, ou de fibres.

Le gras et le cancer du sein

Des études cas/témoins – celles dans lesquelles des femmes atteintes du cancer du sein ont été comparées à des femmes qui ne l’étaient pas – ont aussi eu tendance à établir un lien entre le gras alimentaire et le cancer, mais un lien plus faible que celui qu’ont fait ressortir les études comparatives internationales. En se fondant sur un nombre limité d’études, le U.S. National Research Council a conclu en 1982 qu’une baisse de la teneur en gras du régime alimentaire de 40 % des calories à 30 % réduirait le nombre de femmes atteintes du cancer du sein. Deux ans plus tard, le National Cancer Institute a fait de cette recommandation le point central d’une vaste campagne de santé publique.

Ces efforts n’ont pas eu d’effet significatif sur le taux de cancers du sein, peut-être parce qu’ils étaient fondés sur des données inadéquates. Plus tard, des études sur le cancer plus vastes n’ont pas étayé la thèse du lien entre le gras alimentaire et le cancer du sein. Le cancer du sein a frappé plus de 3000 participantes à l’étude Nurses’ Health Study, depuis 1980. Mais rien ne laisse croire qu’une augmentation de l’apport en gras alimentaire fasse monter le taux de cancers du sein.

En fait, le eaux de cancers du sein parmi les femmes qui consommaient le plus de gras alimentaire était légèrement plus faible que chez celles qui en consommaient le moins. L’analyse des données provenant de toutes les grandes études prospectives menées dans le monde révèle l’absence de lien entre le gras alimentaire et le cancer du sein, sauf en ce gui concerne une hausse inattendue du cancer chez un petit nombre de femmes dont la consommation de gras est la plus faible.

La conclusion la plus claire et la plus fréquente des études menées sur l’homme comme sur les animaux, c’est qu’un excès de calories, quelle qu’en soit la source alimentaire, est un facteur beaucoup plus important que le gras alimentaire dans la genèse du cancer du sein. Chez des animaux de laboratoire, par exemple, une réduction de 30 % de l’apport calorique quotidien peut entraîner une réduction du taux de cancers du sein de l’ordre de 80%. D’anciennes études ont laissé entendre qu’il y avait un lien encre le gras alimentaire et le cancer du côlon, troisième cause de décès aux États-Unis. Mais ce lien-là non plus n’a pas été confirmé par des travaux plus poussés.

Certains faits indiquent assez clairement qu’une surconsommation de viande rouge augmente le risque de contracter un cancer du côlon. Cela pourrait être attribuable aux types de gras contenus dans cette viande ou aux substances chimiques cancérigènes générées par la cuisson à haute température de la viande rouge. Jusqu’à présent, un apport calorique excessif par rapport au degré d’activité physique constitue le lien le plus solide encre l’alimentation et le cancer du côlon: les personnes présentant une surcharge pondérale sont plus susceptibles que les autres d’être atteintes de ce cancer. Inversement, l’exercice physique régulier diminue le risque de cancer du côlon, comme le font le non-tabagisme et une alimentation riche en acide folique, l’une des vitamines B .

Le cancer de la prostate

En ce qui concerne le cancer de la prostate, la situation est moins claire, surtout en raison du nombre limité d’études pertinentes. Les comparaisons internationales indiquent que les hommes asiatiques, dont l’alimentation est relativement faible en gras, présentent des taux de cancer de la prostate beaucoup plus faibles que les hommes des pays occidentaux. Même si les hommes asiatiques connaissent une certaine augmentation du taux de cancer de la prostate lorsqu’ils émigrent aux États-Unis, ce taux reste toujours plus faible que celui des Blancs, ce qui laisse croire que des facteurs d’ordre génétique entrent en jeu. S’il y a un rapport entre le gras alimentaire et le cancer de la prostate, il semble se limiter au gras animal ou à d’autres éléments de la viande rouge.

Voilà qui tombe bien, puisque cela signifierait que les gras insaturés, qui diminuent le risque de maladie coronarienne, ne feraient pas augmenter le risque du cancer de la prostate. Il est impossible de prouver l’absence absolue de lien de cause à effet entre le gras alimentaire et le cancer. Cependant, si le gras joue un rôle dans la genèse du cancer, les données tirées de vastes études de cohortes, avec de nombreuses années de suivi, indiquent que ce rôle est mineur. Vu le lien solide constaté de manière constante entre le type de gras et la maladie coronarienne, j’estime qu’il faut mettre l’accent sur l’effet prouvé du gras alimentaire sur la maladie coronarienne et non pas sur un lien hypothétique avec des cancers, qu’aucune preuve crédible ne vient étayer.

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